Confidences d’une accouchée :

- Vous savez, avant de rencontrer mon mari, j’étais une croqueuse d’hommes. Maintenant je me suis assagie, j’ai trouvé la foi et j’ai changé. Je sens aussi qu’avec la maternité, je retrouve ma dignité.. - Croquer un homme, si c’est le bon, il faut bien ça pour faire un bébé, non ? dis-je. Le regard amusé, elle ajoute :

- J’ai lu que vous êtes chroniqueuse, eh bien moi j’étais « croquineuse » professionnelle pour un Hôtel 5 étoiles. J'en suis pas fière mais c’était toujours mieux que le trottoir !

Joliment présenté. La délicatesse fait toujours la différence. Et de me raconter son exil, ses débuts en Suisse, les mauvaises rencontres et puis ce « petit job » qui lui a permis de vivre, même si elle n’aurait jamais imaginé en arriver là. L’engrenage est féroce…

La différence entre chroniqueuse et croquineuse c’est juste une petite syllabe. Et le point commun de beaucoup de femmes, c’est le souvenir de cette mauvaise passe qu’on enfermerait volontiers dans un coffre-fort d’une banque suisse pour jeter la clé au fond du Léman ensuite. Secret bancaire… - Et votre mari, il sait ? - Oui, et il dit que le passé est passé.

Belle preuve d’amour. D’autres vous font une scène de jalousie pour moins que ça !

- Que fait-il dans la vie, votre mari ? - Il est gérant d’un petit snack-bar. Il vend des boissons et fait de la petite restauration, des sandwichs, des croque-monsieur. Décidément… - Vous voulez m'amener le bébé ? Je vais l’examiner... Oh ! qu’il beau avec ses mèches ondulées, il a l’air du Petit Prince, vraiment à croqu… enfin adorable. Et l’allaitement, comment ça va ? - Justement, j’ai quelques questions. Et voilà l’ex-croquineuse qui soulève son t-shirt et me présente une paire de seins impressionnants, aussi gros et rebondis que des pastèques. - Ce … ce sont des vrais ? je m’enquière, la bouche ouverte. - Bien sûr que non, c’est du silicone. C’est mon ex-mari qui me les a offerts pour mon anniversaire. C’était ça ou un bijou mais comme je ne suis pas une croqueuse de diamants…

De fait, ils avaient drôlement l’air de ballons d’anniversaire. On aurait même pu y poser le gâteau dessus. Et du lait, il y en avait au moins autant que du silicone. Rien à dire, du joli travail.

Je ne vous en dirai pas plus, secret médical. Mais le droit à la deuxième chance étant une loi fondamentale, ce n’est pas moi qui vais lui jeter la première pierre.

Vous non plus, j’espère…


copyright 2009, Editions Favre, Lausanne